Rassemblement pour la France - RPF
Crise de foix ou crise de foie ?

A propos de la colère par François de Sale

De la sainte colère à la colère sainte

vendredi 8 mai 2009 par François de Sale



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Longtemps, la colère eut mauvaise presse. Elle n’était pas bonne conseillère, affirmait le dicton. Pour les anciens, elle s’opposait à la raison dont le siège était la tête et trouvait sa cause dans un dérèglement du foie. Le colérique est un bilieux et la colère est directement rattachée à ce liquide jaunâtre et acre que sécrète le foie et qui opère dans la digestion. La colère est donc épanchement de mauvaises biles donnant lieu à récriminations et inquiétudes démesurées. C’est souvent qu’au contact de ce type de caractère l’entourage prodigue conseil et apaisement concluent la plus part du temps par la fameuse formule : « ne te bile donc pas comme cela ! », autre manière de dire de ne pas s’en faire. J’avoue pour ma part préférer la sentence de caractère proverbial : « Ne te mets donc pas ainsi la rate au court-bouillon », qui traduit bien avec une petite approximation le siège de l’humeur !

Platon faisait du foie le lieu des désirs et de la concupiscence. C’est donc fort logiquement que notre modernité finissante, dans son entreprise généralisée de réhabilitation de ce qu’il y a de plus bas et de moins recommandable, ait fait de la colère une attitude digne d’intérêt et d’éloges. Et voilà que la colère, se rependant de façon mimétique, devient le dernier sentiment à la mode face à la crise. Le révolté est un homme en colère, qu’on se le dise. Les derniers mouvements sociaux, avec prises d’otages et acte de vandalisme sont le fruit d’une colère populaire trop longtemps rentrée.

Il y avait l’autre soir, après le journal de la nuit de France 3, cette émission inégalable dans la démagogie et la prosternation devant la dernière ineptie à la mode, qui ne mérite même pas qu’on lui face de la publicité en la citant, qui nous proposait lors d’un de ses faux débats tronqués dont l’animateur a le secret, une superbe brochette d’hommes en colères. Il y avait l’intello à la mode du quartier latin, un peu aigre, de ne pas être dans les petits papiers et le carnet rose de madame Bruni Sarkozy, qui pensait faire de l’esprit en affirmant que le capitalisme n’était pas malade, mais était la maladie (Pfou ! Fallait la trouver celle ci !), un sociologue baroudeur un peu bougon qui tournait ostensiblement le dos à un ancien P.D.G. de la Lyonnaise des eaux, longtemps conseillers de Jacques Chirac, qui passait l’ensemble du champ social sous l’unique prisme du Capital, une écrivaine déjantée, belge de surcroît, qui l’œil hagard et désorbité, la mèche rebelle en frisottis, pas à la Kate Moos, ça les énervent, crachait copieusement sur les bourgeois et les patrons, et sûrement le meilleur d’entre eux, une espèce d’énergumène, souffrant probablement de la thyroïde, l’œil exorbité à la Jospin (dans le monde merveilleux d’Amélie Jospin, la colère est reine !), qui éructait contre la terre entière ! C’est sur, à tous les entendre, ça allait péter ! Colère, oh vents mauvais…les téléspectateurs en avaient plein les naseaux. Ça se shootait à la colère sur le plateau, on était à la limite de l’overdose.

Nos colériques étaient non seulement fort aigres, le teint légèrement jaunâtre du fait de la bile, virant parfois au rouge cramoisie, mais aussi l’estomac fort embarrassé de remonté acide et autres flux gastriques, et les intestins bien ballonnés ce qui expliquait probablement les crises d’aérophagies sociales que tous appelés de leurs vœux. Que ne faut-il que cela pète pour décongestionner tous ces ventres malades ! Et foutre dieu, que nous en soyons quand même pour nos frais, si le gaz intestinal qui nous sort ainsi du fondement, enflammé, met le feu à la communauté !

Durkheim n’avait pas pensé à toutes ses complications du transit pour définir sa sociologie. Il restera dans les mémoires pour la découverte de l’anémie sociale, bile noire, mélancolie et déprime sociale sans rapport avec la bile jaunâtre de nos révoltés.

À y regarder de plus près, on comprend vite que quelque chose est resté sur l’estomac de nos malheureux pétomanes. Bon mangeur, gros mangeur même, d’illusion sociale en tout genre, avaleur impénitent de couleuvres de toutes tailles, les colériques ont le système capitaliste qui leur pèse sur l’estomac. Voila ce qui arrive quand on en a trop profité et de quelle manière, à ce rouler dedans, à en abuser comme l’a fait cette génération soixanthuitarde qui ne sait plus aujourd’hui à quel révolutionnaire se vouer. Elle a toujours été farouchement matérialiste, gloutonne comme aucune génération avant elle ne s’était permise, se vautrant dans le luxe après en avoir hypocritement dénoncé les vices. Ah ! Ils en avaient de l’appétit, nos bobos, qui voudraient jeter aujourd’hui le capitalisme avec l’eau du bain.

Ils peuvent bien maintenant être en colère. Voilà comment reconnaître le colérique, un homme qui a profité du système jusqu’à plus soif et qui nous fait maintenant une belle crise de foie ! Comment ? Comment ? Cela ne pouvait pas durer, les générations futures qui devront payer pour notre débauche ne sont-elles pas extensibles jusqu’à l’infini ? Une aussi bonne chose doit elle nécessairement avoir une fin ?

Peut-être…Mais ce n’est pas chez les colériques que l’on trouvera ceux qui mettront fin à ces scandales, n’en déplaise à certains de nos amis gaullistes, eux-mêmes un tantinet coléreux ces temps derniers. Ce ne sont pas les affectés du système digestif qui nous sauveront demain. Ils ont montré trop souvent une immense capacité à avaler des couleuvres ou inversement, courant après la carotte, à s’en voir quelques unes logées au niveau de l’arrière train !

Les seules en mesure demain de mettre fin aux abus, nous les trouveront chez des êtres, faussement apparentés aux colériques, les « fâcheux », ceux qui se fâchent. Mon ancien maitre en politique, Robert Potier, aujourd’hui disparu, aimait à dire, non sans une certaine pointe de provocation qu’il assumait parfaitement, qu’il faisait partie de ces gens qui parfois se fâchent, ajoutant malicieusement que cela ne faisait pas nécessairement d’eux des fascistes… La grosse différence entre le colérique et l’homme qui se fâche, c’est que le dernier n’a jamais avalé, même pas goûté à ce qui porte sur l’estomac du bilieux. Il n’a jamais participé au système, rebuté qu’il était par des pratiques scandaleuses et nauséabondes. Trop fastidieux pour le fâcheux de se coltiner le système. Il le rejette, car ce dernier le dégoûte. Non ! Non ! Sans-façon, même pas une bouchée…Ce sera sans moi ! N’insistez pas ou bien je pourrais pour le coup me fâcher !

La colère a son siège dans le foie, la fâcherie dans le cœur ! C’est toute la différence. On ne nous demande que d’avoir un gros cœur, gros comme ça, de l’estomac, on s’en fout ! Car à l’avenir, ce sera aux autres de manger…


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