Les Français le sentent bien et nous l’expriment clairement par leurs votes de contestation plus que d’approbation depuis 1974. Voilà pour le présent.
Quant à l’avenir, en ce qui nous concerne, le succès du Xème Forum de Présence et Action du Gaullisme nous conforte dans la double mission, de Présence et d’Action, que nous confie notre Président National Pierre MESSMER. Ces rencontres annuelles démontrent combien les Français sont soucieux d’être informés et de débattre des grands sujets d’actualité de notre société. Notre présence est réelle, à moins que nous considérions que la présence n’existe que si le citoyen inscrit son action uniquement dans le cadre d’un parti politique.
Libres - Le général de Gaulle déclarait « Ce n’est pas la droite, la France. Ce n’est pas la gauche, la France. C’est tous les Français. ». Pourtant, dans l’esprit des Français, mais aussi dans la réalité, le gaullisme s’est ancré à droite, et ce malgré lavolonté du Général de transcender le clivage gauche-droite et de rassembler tous les Français. Le gaullisme n’est-il pas finalement de droite ?
Jean-Guy Dubois - Le Gaullisme se caractérise par l’adhésion massive des Françaises et des Français au sursaut national que leur proposait le Général de Gaulle. Cela est vrai en 1940, cela est vrai en 1958 et cela est vrai en 1968.
Ces trois moments d’adéquation entre le Général de Gaulle et le peuple de France mettent en évidence que les Françaises et les Français savent se rassembler sur les sujets aussi essentiels que la Liberté des hommes (1940), que le désir de voir leur pays gouverné en mettant fin aux régimes des partis et à la guerre d’Algérie (1958) ou que le souhait de voir le rétablissement de l’ordre face à la « chienlit » (1968). Vous conviendrez que dans ces trois situations le Général de Gaulle s’est surtout attaché à la marche en avant de la France sans se préoccuper de savoir si les Français étaient de droite ou de gauche.
Libres - Vous avez fondé le RCPF, Rassemblement Citoyen pour la France ; vous croyez donc que la logique nationale, cette logique de rassemblement national, est encore possible aujourd’hui. Or, on voit bien que le clivage gauche-droite continue à structurer notre vie politique, au moins lors des différentes élections. Ne sont-ce pas des circonstances exceptionnelles qui sont seules susceptibles de provoquer le sursaut et le rassemblement ?
Jean-Guy Duhois - Il est de notre responsabilité de participer à la mise en place des conditions du rassemblement de demain. La création des Forums répond à cette volonté.
Une autre initiative est celle de la création du RCPF en 1997 au lendemain du Traité de Maastricht, bien avant la création du RPF. Le lancement du R.C.P.F était la concrétisation d’un nouvel élan de citoyennes et de citoyens qui souhaitaient prendre à leur compte le renouveau tant attendu des structures politiques au-delà des jeux partisans et ce, au lendemain de l’excellent score du Non au référendum sur le Traité de Maastricht. Le rétablissement de la confiance nous imposait l’indépendance dans l’action et nécessitait, comme principe premier, de redonner la parole aux militants. Notre souci était d’offrir aux Françaises et aux Français un espace d’information, de réflexion et de proposition au-delà des structures existantes ; le clivage droite - gauche est une conception de parti avec toujours des arrières pensées. Lorsque celles-ci réapparaissent, les divisions font leur retour. Aussi, il est logique de penser que seul des évènements exceptionnels sont susceptibles de provoquer le sursaut et le rassemblement. Libres - Cette politique gaulliste, cette politique de rassemblement national, au-delà de la gauche et de la droite, sur quelles mesures fortes reposerait-elle ?
Jean-Guv Dubois - Permettez-moi de souligner en préalable que les mesures à prendre doivent d’abord s’appuyer sur la confiance des Françaises et des Français en la politique de leurs dirigeants. En ce sens le comportement des femmes et des hommes en charge des plus hautes responsabilités se doit d’être exemplaire. Les Français acceptent les efforts seulement dans l’assurance que chacun, du haut en bas de la hiérarchie, a fait son devoir.
- Planifier le retour à une indépendance économique,
- Organiser les États Généraux de la cohésion sociale,
- Réaffirmer les principes fondamentaux d’une Europe européenne.
Libres - Les « souverainistes » considèrent que les circonstances exceptionnelles sont déjà présentes avec la dérive fédérale de la construction européenne. Ils considèrent que la France, d’une autre façon qu’en 1940 mais avec la même intensité, est directement menacée dans sa souveraineté, que c’est son existence-même qui est en cause. Qu’en pensez-vous et, concernant l’Europe, qu’est-ce qui différencie les gaullistes des souverainistes ?
Jean-Guy Dubois - La dérive fédérale de la construction européenne n’est pas en soi une circonstance exceptionnelle dans la mesure où le Traité de Maastricht annonçait déjà cette conception européenne et qu’il a été ratifié par référendum.
Ce qui me paraît important de souligner c’est que l’Europe que l’on nous a proposée n’a pas relevé le défi de l’emploi et est incapable de sécuriser nos frontières. Voilà à mon sens la source des conflits à venir, et ce d’autant plus que l’Europe mise en place nous a enlevé toute capacité d’agir.
La prise de conscience par les Françaises et les Français que leurs chefs ont failli et les ont trompés contribuera aux conditions du rassemblement.
Tous les gaullistes sont « souverainistes », mais tous les souverainistes ne répondent pas à la même conception de la Nation, de la République, de la place de l’Homme dans la société que les gaullistes ; aussi, notre vision de l’Europe, aux uns et aux autres, s’en trouve affectée dans sa spécificité.
Libres - Pourtant votre mouvement, comme certains mouvements souverainistes, appelle à voter NON à la future Constitution européenne. En quoi cette constitution est-elle dangereuse pour la France ?
Jean-Guy Dubois - Cette constitution est non seulement dangereuse pour la France mais également pour l’Europe que nous voulons bâtir : l’Europe confédérale.
Cette constitution ne répond pas à ce qui pour nous est essentiel : « Les droits des peuples à disposer d’eux-mêmes ». Ce même principe doit prévaloir pour la construction européenne. C’est parce que nous avons une certaine idée de la France que nous avons une certaine idée de l’Europe.
En ce sens, voter Non à la Constitution européenne, c’est dire Oui à l’Europe. C’est légitimer par la voie des urnes notre volonté d’indépendance nationale et notre combat pour une Europe des Nations.

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