Voilà l’intérêt que porte le pouvoir actuel à l’exaspération des français. Rappelons d’ailleurs la petite phrase du Président lors du discours de Provins. A propos des mouvements contestataires, devant les caméras, rictus appuyé d’amusement et de condescendance : « J’écoute mais je n’en tiens pas compte ». Un million de personnes battant pavés, 15 000 selon la police dans la seule ville d’Angoulême… il n’en tient pas compte. Outre dédain manifeste et autosatisfaction primaire caractérisants le personnage, Sarkozy, illustre, encore une fois, sa conception unilatérale, exécutive et autocrate de la gestion publique du pays. Ses conseillers auront tôt fait de lui faire prendre conscience dans les jours qui suivèrent de l’ampleur du phénomène. De sa force aussi. Les oreilles proches de l’Elysée parlent d’une sensibilisation du Président sur les risques bien réels de débordements d’ampleur ou la violence ne demande qu’à s’exprimer… Du coup Nicolas à les pétoches. Il s’en moquait à Provins ? Il en flippe aujourd’hui. Observez la force policière déployée à chacun de ses déplacements. Presque autant que pour le sommet africain de la Baule du temps de la grenouille monarchique… Démesuré.
La fin justifie les moyens, avatar littéraire emblématique de notre Président ? Oui mais d’un président qui a désormais peur. Peur de la réaction populaire ? Certainement. Mais la peur la plus matérielle qui puisse exister pour lui est sans aucun doute celle qui naît actuellement du délitement de son bloc UMP. Tous les élus ne sont pas « toutous présidentiels ». Tous ne sont pas à l’image de ces minables qui, à la victoire de Sarko, ont quitté le navire de « l’enfant Modem » après une campagne Orange. Tous ne sont pas moralement ni civiquement émasculés !!! Il y en a qui « ont des couilles » en plus de leurs convictions, respectables au demeurant. Il en va ainsi du Député-Maire de Vannes qui refuse de se rendre aux réunions de « parlementaires UMP » à l’Élysée. D’autres « ouvrent leur gueule » comme le député de la Dordogne ! Alors bien sûr pour tuer les soubresauts de la véracité dans l’œuf, Sarkozy, grand chef de SON parti, omni-mesquin d’omni-présent, vire l’impertinent.
Et faut-il en pleurer ? Surtout pas ! S’en réjouir plutôt. S’en réjouir parce que le courage et le civisme de ces représentants du peuple montrent que rien n’est perdu. Parce que la désagrégation du bloc rouleau compresseur UMP a commencé. Et plus le Président virera les siens, plus l’implosion sera imminente. Le changement viendra de l’intérieur du parti. Vertical changement vers les abîmes de l’échec !!! L’UMP vacillera et tombera pour les mêmes raisons qui l’auront rendue forte. Étrange similitude d’avec le destin du Président qui, à mon sens, sera similaire. Quand l’empire tombe, l’Empereur rampe sous les ruines.
Alors sur quoi s’attarder à la lumière du succès populaire du 29 Janvier ? Sur la dangerosité d’un Président dont, seule à ma connaissance, Eva Joly mesure le péril pour la France ? Seule à parler de « dérive autocratique », quand même Laurent Joffrin, pourtant à la tête du quotidien le plus présent actuellement dans la critique des dérives, parle timidement d’institutions républicaines un peu bousculées !?! « Il va trop loin » disait-il à la TV en parlant toujours du même. Trop loin… c’est peu de le dire. Les coups de la règle métallique présidentielle en conférence de presse, auraient eu raison des doigts journalistes de Libé ? Quand même pas, mais ça fait mal les coups de règles, on s’en souvient longtemps…
Attardons nous quand même un peu sur les problèmes de fonds, toujours éclipsés par les scandales de « Nico-nsul Sarkozy ». Car au delà des revendications officielles de cette manifestation il y a le message clair du ras-le-bol.
Les revendications officielles concernent l’avenir de nos enfants.
Les revendications corporatistes, cette fois, concernent bien tous les français ! La suppression des RASED (Réseaux d’Aide Scolaire aux Enfants en Difficulté) est officielle malgré le succès quantifié qu’ils ont permis. Des enseignants dédiés au soutien scolaire passaient dans les écoles de leur secteur pour prendre en main de manière personnalisée les enfants. Petits groupes, révision des fondamentaux, travail sur l’attention, la confiance… Un moyen de réintégrer dans le rythme d’une classe dite « normale » des petits un peu perdus. On le sait : des difficultés non traitées dans les petites classes confirment souvent un échec scolaire par la suite. L’avenir de notre pays passe par l’investissement dans le service public de l’enseignement. Et seule la qualité de l’enseignement permettra la qualité des élèves, des futurs citoyens, des futurs travailleurs. En lieu et place des RASED ? Les professeurs des écoles, doivent prendre sur la pause de midi pour organiser le soutien des petits en difficulté. Ils abandonnent donc les activités culturelles entreprises durant ce créneau pour l’ensemble de la classe. Darcos supprime des postes, point barre. L’objectif est d’abaisser le coût de l’enseignement public, sans aucune considération qualitative.
Ne parlons pas du projet de suppression des maternelles ! Que Darcos a bien vite rangé dans ses cartons vu la réactivité des professionnels de l’enseignement et des parents. Attention, le dossier est toujours sur le haut de la pile. Ils veulent supprimer, dans un premier temps, la petite section de maternelle. La moyenne section subirait le même sort un an après. Il ne s’agit pas d’élucubrations !! Ces projets ont été portés par le ministre de l’Éducation. Et si les médias n’en parlent pas le risque est bien actuel, réel. Tenez vous bien, la maternelle serait remplacée par un service communal ou intercommunal de garde d’enfants. Les petits seraient alors confiés à des agents communaux ATSEM, ni diplômés, ni formés, pour surveiller ou enseigner. Les ATSEM sont les agents, qui dans les communes sont chargées d’effectuer les travaux d’entretien et de nettoyage des locaux… Retirer l’enseignement exercé par des professionnels du service public national. Pour le remplacer par une simple garde d’enfants non encadrée correctement !! Voilà leur programme pour la « petite école ». Bien entendu l’intérêt est purement financier. L’État se désengage, à charge pour les collectivités locales d’assurer les dépenses inhérentes à ce transfert forcé de « compétences ». Le budget de l’Éducation sera encore réduit. (spécialité de la droite en france). Les impôts locaux augmenteront encore. Résultat final : un enseignement de merde pour nos enfants qui coûtera plus cher.
L’intercommunalité est à la mode ! Pourquoi donc ? Tout simplement parce que l’administration Sarkozy, qui lâche 21 Milliards d’euro à des banques irresponsables sans contreparties, trouve ici le moyen parfait d’équilibrer les comptes nationaux ! Sarko lâche du pognon pour aider les entreprises à nous sortir de la crise. Soit, Cela coûte de l’argent. Beaucoup d’argent. Le déficit public augmente inconsidérément. Le Budget de l’État souffre. Alors pour compenser, on s’arrange pour que des dépenses de l’État, deviennent des dépenses locales ! Simple comme bonjour. La suppression de la Taxe Professionnelle annoncée par le Président lors de son allocution télévisée n’est rien d’autre qu’un transfert de charges de l’État vers les communes… L’État ne supprime pas ses rentrées fiscales. Mais celles des Collectivités Locales !!! Pour compenser la perte de TP, les communes ou groupement de communes devront augmenter leur fiscalité. Parfois de 100%.
Pour l’enseignement c’est pareil : Darcos voudrait que l’école n’existe plus qu’au niveau intercommunal. Tous les services regroupés en un centre scolaire cantonal, géré, bien sûr par les budgets des communes ! Dans mon petit pays cela conduirait à supprimer 6 postes d’enseignants sur 14. Pas mal ! Le non renouvellement des départs en retraite, qui bien sûr, ne compte pas comme suppression de postes dans les chiffres officiels de l’État est aussi une aubaine pour nos dirigeants !! La pyramide des âges devrait bien les aider, avec une quantité phénoménale de fins d’activités entre 2007 et 2017. A la clef : des classes de 35 élèves au lieu de 22, des parents qui doivent payer un car scolaire pour que leurs enfants puisse se rendre à une école lointaine, la disparition de la vie de village… Plus de poste au village… plus d’école… plus de boucher, il n’arrive plus à se rémunérer une fois les charges et traites payées… La mort des villages et une école « low-cost », voilà ce qu’ils veulent faire !
Une inquiétude de fonds, une vraie colère pour le message officieux qu’ont su clamer les manifestants.
Dans les slogans du 29 : le constat de l’échec capitaliste, de la dérive autocratique, de l’impuissance de l’Europe a endiguer les effets de la crise. On ne passe pas au travers d’une crise économique comme celle que nous connaissons, nous sommes bien d’accord. Mais les cafouillages de la Présidence de l’Europe n’ont pas rassuré. Le paquet fiscal est encore dans les amygdales de beaucoup de français, à l’heure où le repas du soir se compose de soupe ou de patates.
Plus que tout c’est la désespérance des gens face à la diminution constante du pouvoir d’achat qui fut palpable lors de cette journée.
Pour conclure, je pense que les difficultés de nos compatriotes français d’Outre-mer, seront prochainement les mêmes en métropole. Les français des caraïbes souffrent bien sûr dix fois plus que nous. Avant l’augmentation des prix de produits de première nécessité (depuis le passage à l’euro), les îles connaissaient déjà une « vie chère ». De chère, la vie pour eux, devient impossible. Ce terrible constat, nous devrons le faire, en France métropolitaine, à la même échelle dans quelques temps. Si aucune mesure n’est prise pour un retour à la souveraineté monétaire. Si le levier monétaire reste confisqué par l’Europe, le pouvoir d’achat des français continuera de chuter, pour arriver dans quelques années, à une situation socio-économique dramatique. Le seul acte salvateur sera alors populaire et violent. La rue, des émeutes, une révolution.
Que tout le monde se réveille et veuille bien voir les choses en face. Quels que soient les dirigeants, la crise fera ses victimes. Mais l’incompétence notoire de l’administration Sarkozy conduira à un échec collectif qui plongera de nombreux français à la déroute…
Un point positif. L’État aujourd’hui a peur. De son impuissance relative aux délégations outrancières de pouvoirs à l’Europe ? J’ose l’espérer. Du peuple Français ? Sûrement !

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