Même dans le cadre d’un marché agricole commun fixant un prix minimum décent pour le producteur, cette gestion communautaire est totalement inique. Y compris avec un prix plancher fixé à l’avance ce système, peu équitable, condamnerait, à terme nos "paysans" producteurs de lait. Sachons tout de même qu’une partie de nos impôts finance ce processus de contributions / rétributions avec comme impitoyable corollaire la destruction de notre production nationale. Le protectionnisme que cette Europe nous enlève conduit alors 10 000 exploitants agricoles français à mettre clef sous la porte chaque année. L’opinion française y est-elle favorable ? J’en doute. En simplifiant nous dirions que nous donnons de l’argent aux producteurs de lait Polonais en laissant nos propres éleveurs mourir d’un combat concurrentiel parfaitement déloyal.
Mais il y a pire. L’Europe, qui gère l’agriculture commune, à choisi de déréguler le marché. Elle a supprimé les "gardes fous" qui protégeaient un peu les producteurs. Plus de prix minimum, c’est la loi du marché qui s’applique. Curieuse conception ! Instaurer ce libéralisme économique alors même que l’argent public continue à aider une partie des producteurs !?
La logique préférerait deux options :
- a-baisser lentement et régulièrement le subventionnement des producteurs pour permettre le développement d’une économie de marché. Il faudrait alors que la baisse soit correctement répartie entre les membres de la CE. Sachant que cette dernière conduirait forcément à une augmentation substancielle des prix de détail.
- b-poursuivre la voie du financement public pour continuer à soutenir un secteur incontournable. Cela impliquerait nécessairement un rééquilibrage des subventions européennes. Plus prosaïquement : donner moins d’argent aux producteurs Polonais, en verser davantage aux producteurs Français. OU ALORS, dans une optique anti-communautariste, anti-Europe, conjurer le déséquilibre des aides européennes en instaurant des barrières protectionnistes. Il faut pour cela une volonté politique forte, que l’UMPS fédéraliste n’aura jamais. Nos dirigeants, qui en d’autres temps ont consacré la destruction des emplois nationaux par la politique d’un franc fort destiné à poser les fondations de l’Euro… préfèrent voir nos agriculteurs se faire massacrer. Ne pas faire de vagues, tel est le crédo des pouvoirs publics français depuis Maastricht. On préfère un communautarisme pénalisant plutôt que de poser la seule question salvatrice, celle du protectionnisme, d’une indépendance "à l’anglaise" au sein de l’Europe.
Notre producteur de lait… Il produit à 34 centimes d’euro un litre qu’on lui achète 26 centimes. QUI AUJOURD’HUI ACCEPTERAIT D’ALLER TRAVAILLER POUR RECEVOIR A LA FIN DU MOIS UN BULLETIN DE PAIE NEGATIF ? Monsieur x, recruteur de cadres publics ? Monsieur z, commerçant d’une bourgade Charentaise ? Madame "y" Conseillère Principale d’Education dans un collège de campagne ? QUI ?
Ce raccourci un peu facile est néanmoins légitime car si l’agriculteur est son propre patron. S’il doit assumer les risques. Encore faut-il que la législation et le marché "imposé" des régulations ou dérégulations successives, lui permettent de travailler. On ne va pas reprocher l’échec économique d’un agriculteur si aucune possibilité ne lui est laissée de TRAVAILLER !!!! Demandez à commercial de vendre des progiciels informatiques pour faire tourner sa boutique. Rien de plus normal. Maintenant fixez le prix de vente de son logiciel à une valeur inférieure à son coût de production, et demandez lui de réussir…
La seule question qui se pose ici est bien celle de la solidarité. De la solidarité nationale.
Une anecdote pour finir… On impose aujourd’hui les producteurs à changer de "tank". Comme son nom l’indique, le "tank" est un réservoir pour recueillir le lait au moment de la traite. Il est aujourd’hui en inox. Les autorités ont décidées que ces "tanks" n’étaient plus aux normes sanitaires. Risque qui n’est d’ailleurs absolument pas vérifié et serait sans fondement. Le prix d’un "tank" est exorbitant. Le fabricant va reprendre ce matériel officiellement déclassé une bouchée de pain. Pour le revendre à des producteurs de lait étrangers faisant partie de l’Europe. Et personne de s’étonner que le lait stocké en Pologne dans ces mêmes "tanks", sois disants sanitairement dangereux, reviennent en France par camions citernes pour entrer dans la fabrication de gâteaux industriels. Est-ce que l’opinion publique trouve cela normal ? Certainement pas.
Soutenons les producteur français. Exigeons une politique Européenne juste et équitable. A défaut "cassons" les inégalités. Si déverser des millions de litres dans un champ est la seule option pour les producteurs d’être vus et entendus, je préférerais voir les camions étrangers arrêtés et vidés de leur contenu sur la chaussée. Instaurons un prix minimum décent. Privilégions les circuits locaux de consommation. Taxons les importations déloyales. Taxons les entreprises d’agro-alimentaires qui s’approvisionnent à l’étranger d’une denrée financée par nos impôts. Refusons la "contractualisation" état / producteurs qui rendrait nos paysans encore plus dépendants. Acceptons d’acheter des produits agricoles plus cher. Achetons directement aux producteurs. Mes enfants adorent aller chercher le lait à la ferme !
C’est meilleur, moins cher, plus solidaire.
Et que cette conclusion un peu brouillon nous conduise à réfléchir sur les nouvelles solidarités nationales. Sur le nécessaire retour à cette souveraineté qui nous est chère. Souveraineté toute simple : laisser les français décider eux mêmes de leur avenir et ne pas continuer à leur imposer la faillite, dictée par on ne sait qui, des intérêts politco-économiques ; "là haut", depuis les discussions de pouvoirs entre les technocrates élus censés travailler pour nous et les industriels dédouannés de toute entrave.

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