Deux exemples de l’actualité récente pourront aisément agrémenter notre propos. Il s’agit des procès en correctionnel qui ont concernés deux figures marquantes du monde politique, en l’occurrence Charles Pasqua et Dominique de Villepin. Deux boucs émissaires au sens antique du terme qui refusent l’expiation, revendiquent un statut de victime leur donnant droit à délivrer un message, pour la postérité ou l’avenir… La mythologie regorge de ces récits mettant aux prises des frères ennemis, dont l’un accédera aux plus hautes fonctions de commandement tandis que l’autre, rival malheureux sera condamné à l’exil voir à la mort.
Le premier incarnera avantageusement la lumière et l’autre les ténèbres, aux yeux de la communauté ressoudée par la catharsis et les rites d’expiation, l’un le bien, l’autre le mal ! Sophocle avait prévenu, s’il n’est pas trouvé un pendant, un opposé, un négatif qui vient accompagner de sa chute l’ascension royale, alors immanquablement, à Œdipe roi succédera Œdipe à Colone… Du Capitole à la Roche Tarpéienne, il n’y aura certes pas loin ! Le pouvoir a tellement à se faire pardonner…
Tout dans l’accession de Jacques Chirac à l’Elysée se prêtait au scénario des frères ennemis ! La trahison des proches devaient en attester. Edouard Balladur, Charles Pasqua, Nicolas Sarkozy, ne devaient ils pas accompagner de leur disgrâce définitive l’ascension du nouveau monarque Républicain ? Il aurait pu en être ainsi, il en aurait été ainsi surement…il y a quelques milliers d’années ! Aujourd’hui, les choses ont changé, ne trouvez vous pas ? L’un est chef de l’Etat, le second installé par le premier dans la confortable position du vieux sage à qui l’on confie les plus nobles missions dont la réforme de la constitution, le troisième, il y a encore peu, toujours par la grâce du premier, finissant paisiblement ses jours sous les ors du Sénat républicain. L’ancien président de la République voit pour sa part se rapprocher chaque jour un peu plus la menace d’un procès infamant !
Le bouc émissaire maintenant se rebiffe ! Il ne tombera pas seul du haut de la falaise, n’entamera pas en solitaire une longue traversée du désert ! L’accession de Nicolas Sarkozy à l’Elysée est à cet égard un signe qui ne trompe pas. Un parfait profil de Pharmakon ! Il aurait aimé, lui aussi, profiter de la rivalité des frères ennemis pour se protéger d’un éventuel retour de bâton. Jeter Dominique de Villepin en prison, le tuer politiquement…Mais ce n’est pas si simple, car la règle qui lui a permise hier de s’en tirer à peu de frais profite aujourd’hui à son rival ! Le nouveau bouc émissaire relance l’esprit de mission et se veut l’alternative de son ancien alter égo ! Un message, le pacte Républicain, sensé sauver la France des noirs desseins Elyséens !
Charles Pasqua le demande, lui encore hier si respectueux du sacré républicain, il faut lever le secret défense, le grand mystère grâce auquel les princes accèdent et se maintiennent au pouvoir. Et tant pis si la situation devient vite ensuite ingérable, ingouvernable ! Au soir d’une vie, la responsabilité ne semble plus de mise. N’entendez vous pas ce lointain écho, « Après moi, le déluge » ?

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