Me revient l’apostrophe de Philippe Muray en direction de la digne représentante du MLF dont il faut bien saisir l’expression du visage pour rire aux éclats lorsqu’elle comprend enfin que c’était autour des fesses que tournait la conversation…
Et que dit-elle cette porte-parole qui permit une si singulière prise de conscience ? Que c’était un parfait scandale d’avoir entendu, Mr Colombani un soir de 11 septembre 2001, journaliste d’un quotidien aussi sérieux (sic !) que le Monde, dire que nous étions tous New Yorkais dans cette terrible épreuve qui frappait les États-Unis. La confusion gagnant ensuite notre révoltée en herbe, on se demandait ensuite si le scandale provenait de cette assertion ou de sa non-généralisation aux victimes du monde entier. Les deux surement… L’acmé du comique fut atteint lorsque Guillebaud, avec la désespérante bonne volonté qui lui colle à la peau tenta d’expliquer à la porte-parole au front buté que la formule du journaliste de révérence prenait appuie sur la réaction de Kennedy à l’édification du mur de Berlin et à la crise qui s’en suivit : « Ich bin ein Berliner ! ».
L’Histoire ne dit pas si l’Indigène, un tantinet désarçonnée, ne se demanda pas si Colombani n’était pas finalement Allemand…
La société française est en crise ! On n’a de cesse de nous le ressasser. L’intégration est un échec ! La laïcité est contestée dans sa forme actuelle. L’identité nationale a volé en éclat. La faute à la société de consommation, au capitalisme venu de l’étranger, à l’Europe, au mondialisme, à l’Islam, au Pape, à la CIA, à tout ce que vous voudrez bien…Le modèle social français est en crise, malade…N’en fut-il jamais autrement ?
La question qui devrait tout de suite venir à l’esprit serait bien de l’ordre du : « Qu’est ce qu’être français de nos jours et depuis toujours d’ailleurs ? ». Tous nos polémistes préfèrent en général répondre en creux. Les contre-exemples foisonnent, autant de raisons de s’indigner… Le droit français de la nationalité s’est toujours fondé en opposition au droit allemand en la matière. C’est une figure de style d’invoquer le « jus solis » contre le « jus sanguinis » prussien. Rome est toujours présente, dans les représentations du Saint-Empire romain germanique, comme dans le creuset gallo-romain. La langue n’est même pas le facteur commun, ce qui n’exclut nullement la francophonie. On ne nait pas français, on le devient !
D’où un certain universalisme à la française ! La laïcité, qui entre en concurrence avec deux autres modèles universalistes, l’un judéo-chrétien, l’autre américain !
Ces modèles originaux furent autant d’exemples à suivre ou des repoussoirs à fuir pour les autres nations. Ce sont des modèles concurrents que les nations adoptèrent souvent par défaut, pour ne pas dire contraint et forcé par leurs histoires singulières.
La crise identitaire mondiale dont on ne sait pas trop si elle est une cause ou une conséquence ou les deux de la globalisation met à rude épreuve ses modèles concurrents. Le monde semble hésiter entre le repli sur des formes de divinités locales et d’identité sectaire et l’esprit de conquête et l’ouverture au monde. C’est en tout cas ce que voudraient nous faire croire les tenants du mondialisme et du néo-libéralisme.
La réalité est autrement plus complexe qui fait du modèle français la cause des problèmes identitaires auxquels le monde est confronté et en même temps le seul antidote à la crise qu’il induit. Nous allons voir pourquoi !
Lorsque l’Amérique ou Israël se penchent sur leurs mythes fondateurs, ils foulent la terre ferme d’assurances millénaires pour l’un, centenaires pour l’autre. Les pères fondateurs sont bien identifiables, Moïse, Abraham pour les uns, Lincoln, Jefferson pour les autres. Il y a le territoire que l’on quitte, celui que l’on découvre après l’avoir recherché ardemment ! Sionisme pour les uns, esprits pionniers pour les autres, viennent réactualiser le souvenir toujours vivace de la queste d’une liberté chèrement acquise ! Le patriotisme se nourrit de ses récits historiques et pour partie légendaires.
Il n’en va pas de même avec la France, le pays des affranchis ! Il existe certes des mythes secondaires, la libération nationale, la résistance en font partie. C’est déjà plus douteux de la France des Capétiens ou de la Révolution française…La révolution n’est pas un bloc, n’en déplaise à Michelet, les changements dynastiques en France sont autant d’histoire ou la conspiration en dispute à la trahison et à la malédiction ! Affranchis, les français, mais de quoi, de qui ? Affranchis veut peut être dire, libre, mais c’est aussi le stigmate, la marque au fer rouge d’une servitude passée. Affranchi est dès lors ce que l’on appelle un symptôme.
Le détour par la tragédie œdipienne de Sophocle s’impose. Œdipe signifie « Pied enflé ». Pied enflé, diriez-vous, car il eut les pieds…percés ! Œdipe est par excellence le nom symptôme comme la fièvre révèle l’infection. Œdipe est l’enfant exposé par son père, Laïos, victime d’infanticide avant d’être parricide… Œdipe n’accède pas à son histoire personnelle, il y a chez lui comme une forme de forclusion du nom du Père ! Œdipe roi est une tragédie…Le chant du bouc, étymologiquement ! Œdipe va devoir résoudre l’énigme de ses origines. Il va se confronter à la Sphinge, interroger son destin singulier, déchiffrer le mystère des origines. La tragédie passe par une compréhension trop tardive, la peste qui envahit Thèbes. Victime expiatoire, bouc émissaire au sens propre comme figuré, il part dans le désert, accompagné par sa fille Antigone, la future victime de Créon, l’oncle, la raison d’État !
Le destin national se laisse discerner comme une tragédie. L’Histoire en devient le théâtre du déchiffrement. L’action est l’occasion du renouvèlement interprétatif. On s’interroge sur ce que les intellectuels appellent les poussées de fièvre hexagonales, autant de symptômes, qui mettent au gout du jour le chef messianique et en même temps oracle visionnaire, le complot, la crise cathartique… Lacan aimait à dire que ce qui n’était pas né au symbolique rejaillissait dans le réel. Ce sera la paranoïa, la crise psychotique…
On voit bien la poindre ce qui fait toute la différence entre peuple juif et peuple français, on connaît l’origine de l’esclavage chez les uns, pas chez les autres. Psychose et perversion se retournent comme un gant, disent les psychanalystes. Entre le déni du peuple élu, démenti pervers, et la psychose paranoïaque qui fait de la France le terreau fertile de l’antisémitisme. Chez les deux peuple néanmoins, un même gout pour la liberté, un même refus du discours du maitre. De là des conduites subtiles de révolte, de l’humour à l’affront caractérisé. Deux manières de refuser l’impérialisme, qui font de la France comme d’Israël les alliés les plus turbulents de l’oncle Sam. Cela aussi, de Gaulle l’avait compris, le nain de chef d’État actuel passe au travers, comme pour le reste…
Le monde actuel, en crise, parait bien déterminé à faire payer au modèle français, qui n’en est pas un, les origines de son désarroi. Que ne demande ont aujourd’hui des preuves de notre identité, de notre appartenance à une communauté originale et bien déterminée, des symboles tangibles, des pères et des repères, de l’indigène, du déjà là avant, du toujours là, du sur, du solide, permettant l’identification primaire. De l’univoque, plus de paradoxes, la terre ferme, pas les sables mouvants. Autant de choses que la France est parfaitement incapable de fournir et c’est tant mieux…La voila l’exception française, repoussoir pour l’identification, peut être, et pourtant, seule démarche authentique qui mène vers l’Autre. Il faut avoir une case de vide disait Dolto pour désirer…
Être français, le symptôme d’une maladie contagieuse, finalement ! Révolutionnaire ! Mais cette vérité, saurons-nous un jour l’assumer, la faire notre ? Non en guérir, c’est impossible, mais apprendre à vivre avec ! Continuer l’Histoire…

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