Rassemblement pour la France - RPF
Les anti-vœux et autres syllogismes de l’amertume :

Petit précis de décomposition pour les temps difficiles !

La France, patrie du bon gout ! On nous en rabat les oreilles !

lundi 4 janvier 2010 par Aristide Bruant



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« L’arrachement aux valeurs et le nihilisme instinctif contraignent l’individu au culte de la sensation. Quand on ne croit à rien, les sens deviennent religion. Et l’estomac finalité. Le phénomène de la décadence est inséparable de la gastronomie. Un certain Romain, Gabius Apicius, qui parcourait les côtes de l’Afrique à la recherche des plus belles langoustes et qui, ne les trouvant nulle part à son goût, ne parvenait à s’établir en aucun endroit, est le symbole des folies culinaires qui s’instaurent en l’absence de croyances. Depuis que la France a renié sa vocation, la manducation s’est élevée au rang de rituel. Ce qui est révélateur, ce n’est pas le fait de manger, mais de méditer, de spéculer, de s’entretenir pendant des heures à ce sujet. La conscience de cette nécessité, le remplacement du besoin par la culture-comme en amour-est un signe d’affaiblissement de l’instinct et de l’attachement aux valeurs. Tout le monde a pu faire cette expérience : quand on traverse une crise de doute dans la vie, quand tout nous dégoûte, le déjeuner devient une fête. Les aliments remplacent les idées. Les Français savent depuis plus d’un siècle qu’ils mangent. Du dernier paysan à l’intellectuel le plus raffiné, l’heure du repas est la liturgie quotidienne du vide spirituel. La transformation d’un besoin immédiat en phénomène de civilisation est un pas dangereux et un grave symptôme. Le ventre a été le tombeau de l’Empire romain, il sera inéluctablement celui de l’Intelligence française »

Emile Cioran (1941)

En ces lendemains de grande bouffe que tous dénoncent mais auxquels chacun s’adonne sans grande vergogne, il n’est peut-être pas sans intérêt de s’arrêter un moment sur ces quelques lignes du philosophe roumain qui sonnent pour le moins comme un avertissement. Ce grand amoureux de la France n’avait pas son pareil pour repérer les signes de la décadence et ce qu’il constatait concernant notre pays avait surement de quoi le plonger dans des abîmes de mélancolie. Un étranger, un européen, mais un francophile parlant avec une telle acuité de son objet de prédilection, c’est devenue chose si rare de nos jours que cela mérite assurément que nous nous y penchions, histoire de voir justement à quoi ressemble le désastre annoncé…

Noël et le nouvel an se suivent, une petite semaine d’intervalle ! C’est d’abord les cadeaux, ceux du Père Noël et des rois mages, les banquets, agapes, société de consommation mais aussi agapè, un certain sens de l’amour chrétien ! C’est aussi le temps d’Eros, du luxe, du surplus qu’une société dépense à période régulière, autodafé pour Moloch exigeant, lointain souvenir des sacrifices consacrés aux dieux. Noël ou la nativité, une naissance, et d’abord un désir tourné vers le divin ! L’Homme est un optimiste impénitent. Voici la fête des lumières pendant le solstice d’hivers, période ou la luminosité est la plus faible, le jour le plus court ! Mais l’ombre va reculer, le soleil reprendre son ascension dans le ciel ! L’Homme se projette dans l’avenir, comme sourdement inquiet au solstice d’été malgré la fête de la musique, pendant la saint Jean, ou il sait bien qu’après le feu, il y aura les cendres…

Voila le nouvel an… Une année s’achève, une autre débute ! 365 jours pour faire une révolution ! A 107 000 Km/h… Et pas en 107 ans, non ! En 1 an ! Toujours deux manières de compter ! 10 9 8… Ou les douze coups de minuits ! La nature à horreur du vide, l’Homme du zéro ! Pas de dimanche pour la terre, elle termine un périple, en débute un autre ! Dans cette ronde perpétuelle, le banquet, les repas de noël et du nouvel an marquent le temps de la fin ! C’est probablement ce qui fait le plus horreur à l’esprit humain, tant ce temps là semble correspondre à sa propre finitude, à sa décadence aussi… Mais l’espoir survient par la même occasion, un nouveau cycle ne doit il pas succéder à l’ancien ! La révolution est pour demain…

D’ici là, il va tout de même falloir digérer…C’est le temps de la décadence, particulièrement nauséabond, comme chacun peut en faire quotidiennement l’expérience ! L’engourdissement, la somnolence succèdent à l’avachissement…Avec sporadiquement, la mauvaise bile et les accès de colère, toujours un peu sénile !

La France, patrie du bon gout ! On nous en rabat les oreilles ! L’art culinaire est politiquement correct. C’est la France des terroirs, des senteurs, des couleurs, sur papier glacé pour tour operator. Le classement Michelin fait l’événement, chaque année. Une pluie d’étoile s’abat sur les grands restaurateurs. La province est à l’honneur ! L’Histoire déserte notre pays, la petite histoire retiendra que la ville de Lyon est consacrée capitale mondiale des guides gastronomiques…Est-ce un simple hasard ?

Avec le retour des rois fainéants, le budget des frais de bouche explosent à l’Elysée après avoir mis le feu à la questure de la mairie de Paris. L’homme n’aime peut être pas les diners en ville, mais son appétit est légendaire. Son successeur sera mis au régime par sa nouvelle épouse sans que pour autant la ligne budgétaire « frais de réception » connaisse la moindre inflexion.

Comment ne pas finir sur les banquets républicains, tradition rad soc jusqu’à la SFIO d’Edouard Herriot. L’apothéose sera le cartel des gauches en 1920, expérience politique qui tournera court. A la fin de l’Histoire, les hommes veulent souvent imiter les dieux et les banquets de l’olympe. Nous parlons aujourd’hui, entre gens de bonne compagnie, de réseaux qu’il faut bien mettre en place, pour le jour ou, au cas ou…Jour qui bien sur ne viendra jamais, en tout cas pas comme prévu ni à la date espérée !

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