Rassemblement pour la France - RPF
Que recouvre donc cette belle idée de solidarité ?

Solidarité par Nicolas Stoquer

C’est un fait, le capitalisme n’a que faire de la solidarité

mardi 6 janvier 2009 par Nicolas Stoquer (Président)



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Les traditionnelles cérémonies des vœux du mois de janvier verront nos hommes politiques se fendre de discours lénifiants ou la notion de solidarité, omniprésente, sera présentée comme l’alpha et l’oméga de toutes politiques publiques. Face à la débâcle idéologique, les élites se raccrochent désespérément à ce mot magique sensé masquer l’absence de solutions proposées pour sortir de l’impasse que représente la globalisation économique et financière. Mais comment ne pas rester circonspect face à tous ces discours creux et incantatoires ? Que recouvre donc cette belle idée de solidarité ? Adossée au concept flou de fraternité républicaine, qu’est elle d’autre qu’une immense usine à gaz, un ensemble de tuyauterie sensé assurer la redistribution économique et l’assistance sociale. Et que dire, aussi, de l’Etat garant de la solidarité ?

C’est un fait, le capitalisme n’a que faire de la solidarité. Elle est même un obstacle évident à l’accumulation forcenée du capital. Le capitalisme prospère dans une société qui a abandonnée les solidarités traditionnelles. Le don de soi, la gratuité sont autant de barrières qui empêchent le système capitaliste de parasiter la sphère sociale. En tant que prédateur, le capitalisme s’attaque aux sociétés qui ont perdues leurs ancestrales barrières immunitaires. A partir de la fin du dix-neuvième siècle et du début du vingtième, les sociétés occidentales ont réagit au capitalisme sauvage par le welfare state sensé réguler le système économique, amortir la violence des cycles économiques et assurer la justice sociale. L’Etat providence est apparu ainsi comme le garant des nouvelles formes de solidarité. En crise à partir des années 70 avec l’apparition d’un chômage de masse, l’Etat garant du social s’est vu concurrencer et remis en question à partir des années 80 par un néolibéralisme qui faisait plus confiance à la main invisible qu’au système de redistribution étatique pour assurer l’harmonie sociale. Pour répondre à la crise actuelle d’un système qui a pâtit de la dérégulation économique et financière imposée par le néo libéralisme, l’approche social démocrate traditionnelle appelle à un retour de l’Etat protecteur. Force est de constater qu’elle fait fi des limites des politiques de welfare et qu’elle ne tient pas compte de l’endettement des états qui compromet grandement le retour d’une politique du tout Etat. Colosse au pied d’argile, l’Etat moderne n’est plus en mesure d’accroitre encore ses dépenses au risque de voir augmenter des prélèvements obligatoires déjà prohibitif et d’obscurcir l’avenir des générations futures. La démagogie actuelle en la matière n’est assurément pas digne des démocraties que nous avons la prétention d’incarner.

Il est aujourd’hui plus que temps de réévaluer le rôle et la responsabilité de l’Etat moderne dans l’impasse ou nous conduit un capitalisme dérégulé devenu fou. Et force est de constater que l’Etat, à l’origine, avant d’être le garde fou du capitalisme sauvage, fut le principal vecteur de cette nouvelle organisation économique. Et d’ailleurs et contrairement à ce que nous serine le marxisme comme l’approche social démocrate, l’apparition d’un Etat fort a chaque fois précédé la mutation du système économique. Plutôt que de répondre aux défis du capitalisme, l’Etat moderne l’a toujours précédé. Le centralisme étatique a ouvert la voie au capitalisme. Qui n’est pas aveuglé par l’idéologie en conviendra aisément. Ainsi en Grande Bretagne, le renforcement monarchique précède la révolution industrielle. De même, en France, il faudra la monarchie absolue puis les Républiques, puis les Empires pour que notre société nationale accouche péniblement du capitalisme. L’étatisme prussien est enfin le meilleur vecteur du capitalisme rhénan. Bertrand de Jouvenel montre dans ses différents ouvrages que l’Etat est le premier des grands prédateurs, un authentique agresseur du social. Monstre froid, il s’attaque aux solidarités traditionnelles des sociétés dans lesquelles il s’impose pour augmenter son emprise. Il ne supporte pas les corps intermédiaires qu’il n’a de cesse de réduire. Entre lui et les administrés, il ne veut rien pour mieux régner et accroitre sa toute puissance sur une masse atomisée. C’est alors la porte ouverte au capitalisme qui profite de la destruction par l’Etat des solidarités traditionnelles. La loi Le Chapelier, qui met fin au corporatisme à la Française permet à une nouvelle organisation économique, basée sur le contrat de travail de se mettre en place. L’Etat livre alors au capitalisme les salariés, main d’œuvre sans défense devenue docile. Avec des intérêts objectifs convergents, Etat et capitalisme marche main dans la main.

Ce n’est que très tardivement que les intérêts de l’Etat et du capitalisme paraissent ne plus converger. Si le Welfare semble en apparence réguler le capitalisme, c’est surtout pour mieux traiter les externalisations de ce dernier. Le capitalisme, en s’autonomisant du social, délègue à l’Etat le traitement social dont le système économique avait précédemment la charge. Longtemps aussi, le capitalisme prospère à l’ombre de l’Etat, protégé par les frontières nationales et vivant grassement des commandes publiques. Mais dans sa course folle, le capitalisme cherche petit à petit à s’affranchir d’un cadre national devenu trop restreint. L’Etat nation devient seulement alors le gêneur que l’on nous présente aujourd’hui. Mais c’est surtout la Nation, en tant que forme spécifique de solidarité qui est visée. Une fois le grand vent de panique financière levé, le capitalisme est le premier à réclamer à nouveau la garantie de l’Etat, que ce dernier, pas rancunier, ne se fait pas prier pour lui accorder.

L’Etat pour sa part, comme le capitalisme d’ailleurs, trouve le cadre national trop restreint et ambitionne de se réaliser pleinement dans de grands ensembles régionaux. L’idée d’un super Etat européen précède encore la mutation d’un capitalisme qui devient financier et se joue alors des frontières nationales. Toute l’ambition des Etats européens est de converger avec le nouveau système économique dans le cadre d’un grand marché commun. La commission de Bruxelles est l’embryon du super Etat auquel rêvent les technocrates. La Nation devient pour l’Etat comme pour le néo capitalisme, le nouvel ennemi à abattre.

Ce bref aperçu historique nous fait toucher du doigt les illusions de bons nombres de nos amis souverainistes qui en appelle au renouveau de l’Etat pour que vivent nation et République. L’idée de régulation économique à laquelle ils tiennent tant semble non seulement dépasser mais de plus ne correspondre à aucune réalité historique avérée maintenant qu’il est démontré que le welfare accompagnait le capitalisme bien plus qu’il ne cherchait à le domestiquer. Réforme de l’Etat et du système économique doivent des lors aller de paire. Visionnaire, De Gaulle avait proposé en 1969 par référendum à la société française une réforme tendant à révolutionner tout à la fois l’Etat et le capitalisme. La participation généralisée dans l’entreprise qui débouchait sur une nouvelle représentativité politique avec la réforme du Sénat qui donnait aux nouveaux acteurs économiques une légitimité politique et législative tendait à réformer en profondeur tout à la fois l’économie et la politique. C’est la participation qui devient la nouvelle clef de voute du système. La solidarité, de professionnelle, trouve son plein accomplissement dans le sentiment d’appartenance nationale par le biais de la représentativité. Refaire nation passe par une participation qui transforme les relations de travail et modifie le rapport de force au sein de l’entreprise. La participation répond enfin à la crise du politique en donnant aux acteurs politiques une nouvelle légitimité qui part de la base de la société. La valeur travail retrouve elle toutes ses lettres de noblesse.

L’Etat, pour sa part, doit retrouver rapidement toutes ses prérogatives régaliennes dont celle de protéger le territoire national en établissant des barrières douanières adéquates à la survie du tissu économique, ainsi que le privilège de battre monnaie. La restauration d’une monnaie nationale s’impose tandis que l’encadrement du crédit limitant les risques de spéculations devient chaque jour plus nécessaire.

C’est à toutes ces conditions que nous répondrons au défit de la crise financière et économique mondiale et que nous ferons en sorte que la solidarité ne soit plus un vain mot.


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