Cette question qui pourrait sembler saugrenue à plus d’un est pour ce qui me concerne tout ce que vous voudrez bien sauf un exercice de style révélant une coquetterie de l’engagement ou des manières de jeune fille qui aimerait nous faire croire que pour rien au monde elle n’avait envisagé même en rêve d’ y toucher. C’est en effet surement naturel aujourd’hui d’avoir un blog ou un Facebook à coté du site internet du parti auquel on appartient pour nombre de ceux qui se piquent d’engagement public qu’il soit réel ou même et surtout peut être virtuel. Hé bien ! Pour moi, cela ne coule pas de source.

L’art du politique est d’engager une démarche collective qui dépasse nos petites personnes, qui s’il s’ancre dans le particulier, tend inéluctablement vers l’universel. Il n’y a pas la place normalement ici pour les petits égos bavards, la mise en scène d’un « moi je » dont la seule remise en question à laquelle est sensible leurs auteurs se résument à un outrageusement décomplexé « Et pourquoi pas moi ? ». Le monde politique révèle une trame dans lequel nous occupons une place bien déterminée par un ordre symbolique qui nous préexiste et est sensé nous survivre. Cette inscription de notre image dans un décor dont nous ne sommes finalement pas entièrement responsable est bien pratique qui nous fait supporter et relativiser la critique, d’où qu’elle vienne. Parce que nous ne sommes pas la cause première, parce que le système auquel nous appartenons n’est pas réellement notre intention, parce que le royaume du « Je » n’est pas de ce monde, nous savons prendre avec humour et une bonne dose d’autodérision le jeu politique, les accusations toujours un peu (beaucoup ?) injustes de nos adversaires mais néanmoins concitoyens.

 

Mais voila que le jardin des délices de la démocratie moderne qui promettait la réalisation pleine et entière de notre identité désinhibée et à ciel ouvert fait verser l’individu roi dans l’enfer des apparences ou nous jouons tous les jours dans la jungle de la médiasphère ni plus ni moins que notre survie d’animal politique au psychisme à fleur de peau. A exposer le cœur de notre être au tout venant sans pour autant cesser de faire semblant, nous finissons par tenir comme à la prunelle de nos yeux à cette caricature de nous-mêmes qu’un jour, si nous avons un peu de chance et surtout beaucoup d’ambitions, le monde élèvera au pinacle mais pour mieux le jeter ensuite et après usage à ses chiens, ce pantin désarticulé et sans âme livré hors sépulture à la charogne.

A quoi tient la croyance, la crédibilité, quel est leur crédo ? Au « déjà vu »…A la télé, pour le meilleur comme pour le pire car on ne maitrise jamais le scénario écrit d’avance par les marionnettistes dans lequel nous ne serons que des figurants consentants à l’insu de notre plein gré ! Ou sur internet ou nous tirons nous-mêmes les ficelles, croyons nous…Mais à quel prix ? A celui de tout contrôler, de tout maitriser et de se fermer ainsi à la rencontre, à l’inconnu, à la toute première fois qui est une question de foi au risque d’entrer en contradiction avec nos anciennes croyances et vérités révélées.

La durée de la campagne électorale, entre ce moment administratif de la déclaration de candidature pour de bon et l’instant de grâce qui attend l’heureux élu, ouvre un espace de cet ordre propice aux rencontres et à l’échange véritable. C’est la raison d’être de ce blog et de mon inscription sur les sites sociaux qui prendront fin sous cette forme quoi qu’il arrive et …au pire au soir du premier ou du deuxième tour des élections législatives.

 

Nicolas STOQUER